Grand Prix Historique de Monaco 2026

Le Grand Prix Historique de Monaco revient tous les deux ans et j’ai de nouveau vécu une semaine extraordinaire à Monaco. Retrouvez les jours précédents, avec aussi les principaux résultats des deux ventes exceptionnelles Bonhams et Sotheby’s:

Les qualifs le samedi

J’ai mes habitudes et pour le week-end j’évite le train : tu peux faire la queue plus d’une heure le soir dans les escaliers pour remonter à la gare où les quais ne peuvent absorber des milliers de personnes d’un coup, alors la police régule. Je vais à Monaco en voiture par la basse corniche, il n’y a aucune circulation tôt le matin, et je me gare au parking désert de Carrefour à Fontvieille d’où l’on gagne rapidement le circuit à pied. Ils conseillent le parking des Salines à l’entrée de Monaco mais le soir je vois des tas de gens désemparés, où est le bus pour remonter aux Salines ?

Je m’arrête prendre un petit déj à la boulangerie de l’Épi d’Or à l’angle de la rue Princesse Caroline, avant de me rendre aux abords de Sainte Dévote par la rue Grimaldi.On passe devant DPM Motors où il y a toujours de très belles autos en vitrine.

Montre TAG Heuer Monaco

C’est l’heure d’aller à la petite tribune A, face à Sainte Dévote, que vont voir les pilotes qui ont raté leur freinage, pour la remercier de ne pas avoir tapé. Il y a souvent de l’animation à cet endroit après la ligne droite de départ, surtout au premier tour lancé, en course ou en qualifs, pneus froids, optimisme … Tu as une fraction de seconde pour te décider : ou tu prends le virage ou tu vas voir Sainte Dévote, sinon tu tapes plein face et les commissaires évacuent ta voiture à la grue.

C’est un bon spot car on est dos au soleil, et du dernier rang en se retournant on voit depuis la chicane du port jusqu’aux esses de la piscine et on est presque au-dessus du virage du bureau de tabac avec beaucoup de dépassements à cet endroit.

Je suis à peine arrivé que dèjà boum, une Lotus de la première série, les F1 à moteur avant d’avant 1961, vient embrasser le mur de tecpro sans trop de dommages. Mais la voilà qui pend maintenant comme un jambon au bout de la grue qui l’évacue.

Les séries se sont succédé toute la journée, avec beaucoup de visites à Sainte Dévote, et quelques petits crashes et figures encore, y compris dans la parade des Ferrari ! L’ACM a eu l’idée d’organiser un simulacre de Grand Prix où il n’y avait que des Ferrari F1, celles du Cavallino Classic Monaco. Certains pilotes ne prenaient pas de risque avec des voitures historiques inestimables, ex Schumacher, Alonso, Massa, etc. mais d’autres semblaient attaquer comme en qualif et en voilà un qui nous fait un beau tête à queue et va arracher sa roue arrière droite. Le grutier et les très efficaces commissaires de piste sont ravis de recueillir sur leur plateforme de telles autos ! Un camion viendra les prendre entre deux manches.

À la pause de midi, avant la parade Ferrari, on a eu un tour de circuit très applaudi du Prince Albert II de Monaco en Bugatti Royale majestueuse, conduite par le Président de Bugatti Automobiles à Molsheim, C’était la voiture personnelle d’Ettore Bugatti. Ce prototype de 1926 pèse plus de 3 tonnes. Son moteur 8 cylindres en ligne cube 12,7 litres et lui permet d’approcher les 200 km/h ! Bugatti avait construit beaucoup de moteurs d’avance et ils ont été recyclés dans les autorails Bugatti dont on a vu un exemplaire à Retromobile 2026.

Puis le pilote belge Jacky Ickx a fait plusieurs tours avec la très belle Ferrari V12 atmo à échappements spaghettis avec laquelle il avait gagné le Grand Prix de France à Rouen en 1968, soit il y a 58 ans ! Il a 81 ans aujourd’hui, et toujours bon pied bon œil. Il est rescapé d’une époque où on se tuait tous les dimanches, où on brûlait dans la carcasse de sa voiture. Il le sait, mesure sa chance et dans une interview émouvante qui passe en direct sur les écrans géants tout autour du circuit, il remercie humblement et chaleureusement tous les anonymes qui l’ont accompagné dans sa carrière, lui ont préparé ses voitures avec passion et ont fait ce qu’il est devenu.Il rend hommage à Jo Schlesser disparu dans ce même Grand Prix de France, et à Jochen Rindt, champion à titre posthume et dont il a été le dauphin cette année là.

Imaginez un Grand Prix où il  n’y aurait que des Ferrari :

 

Toutes ces Ferrari nous ont joué une très belle musique. Je vous ai fait un enregistrement du bruit des Ferrari de Formule 1 dans les rues :

Montez le volume !

 

À la fin de chaque série, le public applaudit et les pilotes le saluent. Je ne crois pas que ça se fasse ailleurs qu’à Monaco où le public est partout très proche de la piste.

Diaporama (50 photos) avec toutes les séries : Jean Alesi est sur la Ferrari 312 atmo ex Chris Amon n° 11 qu’il a crashée la veille et qui a été réparée durant la nuit. Sacré Jeannot, il cherchait les graviers mais il n’y en a pas à Monaco !

 

 

Les courses dimanche

La première course est à 8 heures pétantes ! Je me presse à l’Épi d’Or et je rejoins ma place juste avant le premier départ. Il y a peu de monde en tribune à cette heure et c’est dommage car les F1 à moteur avant sont intéressantes. C’est du pilotage tout en finesse sur des pneus étroits, à la Fangio qui fut champion du monde sur Maserati 250F !

À Sainte Dévote on a changé la banderole sur les tecpros, très abîmée hier aux essais. Passera-t-elle la journée intacte ?

Série A2 des F1 à moteur avant d’avant 1961

C’est une Scarab de 1960 qui est en pôle positon. C’est une voiture américaine peu réputée à l’époque, qualifiée seulement 2 fois en quelques Grand Prix, car Cooper avait déjà imposé le moteur central. Elle part en tête et s’aménage rapidement un boulevard d’avance (on est à Monaco 🙂 ). Derrière la bataille fait rage entre 2 Lotus 16 et 3 Maserati 250F, La Maserati partie en 2ème ligne parvient à prendre la 2ème place mais la Lotus la reprend au bureau de tabac et finit 2ème devant la Maserati qui complète le podium. En 4ème et 5ème position Lotus et Maserati inversent leurs positions. Ce fut donc une belle course assez disputée derrière la Scarab.

Scarab F1 1960

Série A1 des avant-guerre

Ici aussi c’est du pilotage à la Fangio et certaines voitures ont un siècle ! Les ERA anglaises qui dominaient les éditions passées ont enfin trouvé à qui parler. Car, surprise c’est une jolie Maserati 4CL de 1939 qui a fait la pôle et dominé la course jusqu’au… dernier virage où elle s’est arrêtée. Derrière c’est la toute aussi belle Frazer Nash de 1935 qui l’emporte devant une Era battue. Du coup une Bugatti prend la 3ème place, en mémoire de Louis Chiron.

Maserati 4CL

Frazer-Nash 1935

Le public commence à envahir les tribunes et les dames viennent chapeautées à Monaco :

Série B des F1 1500 à moteur central

2 Lotus 21 Climax de 1961 sont en première ligne devant une magnifique Ferrari 1512 de 1964. Les lotus partent en tête mais la Ferrari les remonte une par une et s’impose malgré un gros travers à la rascasse. J’aurais du amener mon drapeau de tifosi et l’agiter devant la caméra perchée sur une nacelle en face !

Ferrari 1512 1964

Série D des F1 de 1966 à 1972

On est au début de l’ère des moteurs V8 Cosworth qui équipaient la majorité des écuries, même si le V8 Repco des Brabham ou les V12 Matra, Ferrari et BRM faisaient de la résistance.

Grosse déception, Jean Alesi ne part pas avec une Ferrari. La Surtees n° 27 de Michael Lyons, un ancien vainqueur, s’échappe devant la deuxième Surtees  (26) et une March 721 (28). Une Brabham BT33 de 1970 (6) passe la March au tabac et celle-ci abandonne peu après.

C’est donc un doublé Surtees devant la Brabham. Voilà des voitures de fond de grille à l’époque où on pouvait construire des F1 à moindre coût avec le V8 Cosworth, qui se retrouvent aujourd’hui sur le devant de la scène, probablement bien pilotées et préparées. C’est John Surtees, seul ancien champion du monde à la fois moto et auto qui les construisait.

Série E Formule 1 3 litres 1973-1976

L’ère Cosworth continue et 2 McLaren M23 et M26 sont en première ligne devant une Lotus 77. Les trois s’échappent rapidement mais la M26 abandonne. C’est une Ensign, autre voiture de fond de grille à l’époque, qui vient sur le podium.

Une monoplace est venue taper violemment le rail de face juste devant nous et a rebondi nez sur la piste. Le grutier amenait déjà ses crochets mais les nombreux commissaires très entraînés à toutes les situations se sont activés, soulevant l’avant et glissant une plaque à roulettes dessous pour la pousser prestement hors piste.

Parade Ferrari

Comme samedi, Jacky Ickx a refait quelques tours puis les anciennes Ferrari F1 ont repris la piste sous une petite pluie, peu nombreuses cette fois. Les Cavallino Classic sont des événements très exclusifs réservés aux propriétaires collectionneurs de Ferrari prestigieuses. Concernant les F1, elles appartiendraient donc à des collectionneurs privés, seraient conservées et entretenues en Italie, puis transportées et mises à disposition de leurs propriétaires. Ils étaient donc peu nombreux à s’aventurer sous la pluie entre les rails avec de telles autos et ça ne roulait pas vite sauf un ou deux qui avaient l’air doués ou avaient bien appris. Il y en a quand même un qui s’est mis au rail à Sainte Dévote le samedi.

Après la parade une équipe vient changer un rail tordu là où la voiture a méchamment tapé à la dernière manche, série E. Ils font ça en 5 minutes et repartent sous les applaudissements du public.

Série C des voitures de sport

C’est la série des voitures de sport biplaces style 24H du Mans, Targa Florio ou Mille Miglia, qui avaient été admises au GP de Monaco 1952, une seule fois à l’exclusion des monoplaces. La course avait été remportée par l’italien Vittorio Marzotto sur Ferrari.

On en retrouve donc un certain nombre au départ, Ferrari 250 MM fermée, 750 Monza, 500TR, 166MM, mais c’est une rivale Maserati 250S de 1957 qui a fait la pole et partage la première ligne avec une Cooper-Jaguar T38 de 1955.

La Maserati et la jaguar s’échappent au départ et la Maserati l’emporte.  Une Aston Martin DB3S de 1955 complète le podium. La très belle Ferrari 250 MM fermée partie 3ème a du céder quelques places pour finir 5ème, mais j’ai vu qu’elle s’est immobilisée un instant en travers à l’épingle du Fairmont.

Ferrari 250MM

Les voitures de sport ont offert un très beau spectacle en glissades et on voyait bien les pilotes travailler du volant à trous trous dans les larges habitacles. C’est pas comme les voitures modernes qui ne bougent pas d’un pneu jusqu’à la limite puis après te satellisént dans les décors.

Série F des F1 de 1977 à 1980

L’Hesketh de Michael Lyons, un ancien vainqueur, une Tyrrell, une Fittipaldi et une autre Tyrrell occupent les 2 premières lignes. Ça commence à être la fin de l’ère Cosworth mais les autres moteurs sont tellement rares et coûteux à entretenir qu’on ne trouve qu’une seule Ferrari, ex Lauda, mal qualifiée.

L’Hesketh joliment décorée par le magazine Penthouse prend le large rapidement. La Fittipaldi colle à la  première Tyrrell puis suivent une Arrows et la deuxième Tyrrell, Ces deux là bataillent et s’échangent encore deux fois de position et l’Arrows termine devant. La première Tyrrell termine 2ème juste devant la Fiitipaldi qui l’a bien collée mais n’est pas parvenue à la passer. Cela s’est donc bien battu derrière l’Hesketh intouchable. Pour mémoire, Hesketh était une petite équipe créée par un Lord anglais excentrique et qui a couru de 1973 à 1978. Elle est parvenue à gagner un Grand Prix avec James Hunt.

Il y a eu pas mal de casse dans cette série, les camions ont défilé après la course avec des monoplaces sans museau sur leur plateau. Mais à Sainte Dévote, la  banderole tient toujours.

Hesketh

Série G des F1 de 1981 à 1985.

La March 821 de Stuart Hole a fait la pole devant la lotus 87B de Marco Werner. Ce sont les 2 derniers vainqueurs ici.

On fête les 60 ans de la Formule 1 3 litres et les 30 ans du 1500 turbo et Renault qui l’a introduit n’est pas foutu d’aligner une voiture ! Trop occupés avec leurs m… électriques …

En 2e ligne on a une William FW08 et une Brabham BT49D La Williams ne part pas, on la pousse et on refait un tour de chauffe.

Accrochage au départ, entre une Wolf aux couleurs Benetton en travers et une auto décorée Ragno que je n’ai pu identifier et qui l’éperonne.  Un radiateur percé perd son eau. On sort la safety car. C’est le bazar, certaines voitures ayant été dirigées vers les stands et d’autres n’y étant pas passé. Finalement on met drapeau rouge et on recommence toute la procédure de départ.

On fait 2 tours derrière parce car et c’est un départ lancé, quasiment par surprise car tout le monde n’était pas regroupé derrière. La Lotus de Marco Werner a disparu et la March de Stuart Hole creuse un écart important sur un groupe composé d’une Williams, une Brabham, une Arrows et une autre Williams. Les autres sont largués.

La course est laborieuse, je vois une Lotus noire crashée au virage du bureau de tabac qui déclenche une nouvelle safety car. Elle laisse passer 2 attardés et tout le monde se regroupe mais il y a encore un attardé derrière le leader.

Stuart Hole reprend vite le large avec sa March, imbattable, et une Williams et une Brabham complètent le podium. On a eu bien du mal à suivre.

En effet, comme il y a 2 ans cette série G a été laborieuse. Je m’interroge sur son intérêt. Il y a de trop grandes différences de niveau autour de voitures très complexes à démarrer, à monter en température, avec de très forts appuis difficiles à sentir. Et puis les pilotes de l’époque suivaient déjà des préparations physiques et mentales intensives. Les cinquantenaires et au-delà qui les pilotent aujourd’hui n’ont peut être pas le niveau, tout comme leurs équipes ne peuvent prétendre faire aussi bien que les équipes d’usine d’époque. C’est un peu comme si tu mettais des navettes spatiales à la disposition de pilotes d’aéroclubs.

Je vous ai regroupé en une seule vidéo tous les premiers virages à Sainte Dévote et tous les premiers passages au bureau de tabac, quand les voitures sont encore groupées. En effet, les différences de niveau sont telles que des écarts importants se creusent très vite et que rapidement les voitures se répartissent sur l’ensemble du circuit, certains perdant même un tour malgré la brièveté des manches de 30 ou 45 minutes selon les catégories.

Vous trouverez sur YouTube des reportages plus étoffés que les miens mais moi, c’est ce que j’ai vu, et que vous verrez si vous venez une prochaine fois dans le même gradin.

Et la banderole à Sainte Dévote est indemne !

Traditionnellement, les yachts du port font entendre leurs cornes de brume.

Le soir il y a dîner de gala et remise des prix à la Salle des Étoiles du Sporting Monte-Carlo mais je n’y suis pas invité 🙂 À dans 2 ans !