Tour de France en 2CV

La 2CV ! Je ne pensais pas grand chose de cette voiture pourtant iconique, plus habitué à présenter des voitures de sport plus performantes et séduisantes.

Pour moi, une 2CV, c’était ça, une voiture qui pouvait être réduite en mille morceaux en cas d’accident comme dans cette scène culte du film Le Corniaud avec Bourvil et De Funes :

Mais force est de constater qu’elle réunit autour d’elle des milliers de fans, des centaines de clubs et de rassemblements et qu’elle suscite beaucoup de sympathie.

Alors quand ma belle sœur Francine m’a parlé d’un couple qui faisait un tour de France avec cette voiture pour soutenir une cause, l’idée m’est venue de rencontrer Martine et Philippe durant leur périple et de consacrer un article de dadandwill à cette auto, car il y a une belle histoire à raconter.

Avec l’Automobile Club de Menton nous les avons donc reçus le 29 mai chez Léo Léa sur le quai du port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, autour du fameux Bœuf Paradis, malgré la pluie annoncée et qui finalement n’est pas venue, le soleil s’étant mis de la partie :

Un peu de culture automobile

La « deuche » ou « 2 pattes » a été présentée au Salon de Paris le 7 octobre 1948, soit il y a près de 80 ans ! Elle a été produite de 1949 à l’usine Citroën de Levallois-Perret à 1990 au Portugal. 42 ans de production avec un peu plus de 5 millions d’exemplaires dans différentes versions ! Car elle a quand même évolué pendant tout ce temps.

L’idée est venue du fabricant de pneus Michelin qui, souhaitant augmenter sa production, voulait faire fabriquer une voiture très simple en grande série pour les classes sociales les plus modestes. C’est le projet TPV (Toute Petite Voiture)  qui donnera naissance dans les années 60 au slogan « 4 roues sous un parapluie ». Le cahier des charges était simpliste : transporter 4 personnes et 50 kg de bagages sans casser d’œufs, à 60 km/h avec une traction avant, et ne pas dépasser 2 chevaux fiscaux.

TPV
Des prototypes TPV d’avant guerre. La silhouette est déjà là. Photo wikipedia

Le projet a muri après la guerre et a démarré lentement en production en 1949 avec le modèle A, les faibles stocks d’acier étant priorisés chez La Régie Nationale Renault pour sa 4CV.

2CV modèle A de 1950, photo wikipedia

L’équipement était des plus rudimentaires au départ : pas de serrure de porte, un antivol de vélo entre le volant et la barre de siège avant, un tachymètre et un ampèremètre pour surveiller la faible batterie 6 volts, un toit en toile qui descendait jusqu’au parechocs arrière, mais c’était la première voiture équipée de pneus à carcasse radiale, inventés par Michelin. Il n’y avait pas de joints homocinétiques sur les cardans, ce qui provoquait ces à coups quand la direction était braquée. La voiture avançait alors par bonds, secouant ses occupants sur ses suspensions à grand débattement.

Au fil des ans elle a quand même gagné quelques équipements de confort et de progrès technique, et est même devenue tendance avec la « Charleston ».

Si elle ne répond pas aux normes de sécurité actuelles en matière de chocs, ses faibles performances n’engendrent pas plus d’accidents et de toute façon elle est devenue maintenant un véhicule de loisirs sur de courtes distances à faible vitesse, sauf quand on se lance un défi un peu fou comme Philippe et Martine.

Le projet de Philippe et Martine

Parkinsong

Martine était infirmière cadre de santé en Saône et Loire. Son mari, ancien médecin pédiatre, est atteint par la maladie de Parkinson depuis 7 ans et Martine le soutient quotidiennement afin de freiner l’évolution de la maladie. Ancienne majorette, elle lui fait faire des exercices de mobilité au bâton. Maintenant retraités, et âgés respectivement de 63 et 68 ans, l’idée leur est venue de faire un tour de France avec leur 2CV, afin de sensibiliser le public à cette maladie qui touche plus de 200 000 personnes en France et qui peut toucher tout le monde, et de récolter des fonds pour la recherche dans ce domaine.

Tour de France en 2CV
Ils ne prennent pas de raccourci !

Ils sont partis le 1er avril de Louhans avec leur chienne Ruby et le maximum de bagages qu’ils ont pu caser dans l’étroit habitacle.

Ce tour de France doit durer 2 mois, s’étaler sur 5200 km en 52 étapes. Les étapes sont relativement courtes afin de ne pas se fatiguer, de privilégier au maximum les temps de rencontres et d’échanges, et de parer à d’éventuels contretemps. En fait, les détours vers les hébergements et vers les garages leur feront faire près de 7000 km.

Ils se sont d’abord dirigés vers le nord, jusqu’à Dunkerque atteint le 17 avril, puis ils ont longé les cotes de la Manche, jusqu’à Cherbourg le 23 avril. Puis ce fut la Bretagne jusqu’à Brest le 29 avril, et la cote atlantique jusqu’à Biarritz le 12 mai. Ils ne sont jamais loin du bord de la France puisque ensuite ils ont cheminé par Pau, Lourdes, Font Romeu et Perpignan le 20 mai. S’en est suivi la cote Méditerranéenne par Perpignan, Béziers, Toulon et Cannes avant d’arriver à Nice le 29 mai. C’est là que je les ai rencontrés. Ils remonteront par Digne, Briançon, Grenoble, Annecy pour revenir à leur port d’attache en Saône et Loire à Ménetreuil le 7 juin.

Vous pouvez suivre la fin de leur périple sur leur compte Facebook  PARK IN SON’G où Martine publie de petites vidéos.


La 2CV de Philippe et Martine

C’est un modèle de 1978 et c’est une voiture de famille achetée neuve par le père de Philippe. Elle est propulsée par un bicylindre à plat 4 soupapes refroidi par air de 602 cc et 28 chevaux à 7000 t/mn. Boite 4 vitesses, direction à crémaillère, freins à tambours,

Longueur 3,83 m X largeur 1,48 m X hauteur 1,60 m, poids 495 kg. Réservoir d’essence de 20 litres. Vmax 110 km/h, vitesse de croisière 80 km/h.

2CV-6 1978

2CV-6 1978

2CV-6 1978

Martine, pourquoi cette idée d’un tour de France ?

« Ça nous est venu un peu comme ça, comme une idée lancée en l’air et puis nous l’avons structurée et maturée pendant près d’un an. La maladie de Philippe a été détectée il y a 7 ans. Il avait des tremblements de doigts et des douleurs au poignet et on pensait à un syndrome du canal carpien. On a fait un électromyogramme (examen qui permet d’enregistrer l’activité électrique des nerfs et des muscles). Le neurologue qui l’a examiné a trouvé un électromyogramme normal mais a décelé une maladie de Parkinson. Une fois passé le choc de cette nouvelle nous avons pensé à ce tour de France et a commencé une longue préparation. »

Martine et Philippe et leur chienne Ruby, sage comme une image

« Nous avons d’abord contacté une quarantaine d’artistes et sportifs de haut niveau, non pas pour de l’argent mais pour qu’ils médiatisent notre projet sur leurs réseaux. Seul Jean-Jacques Goldman nous a répondu par écrits de sa main. Nous avons reçu plusieurs écrits de soutien de sa part, un cadeau d’encouragement avec sa cuvée du cœur pour faire du carburant à notre projet. Il nous laisse en plus utiliser sa chanson « Au bout de mes rêves » durant nos interventions.

Nous avons bien sûr contacté l’association France Parkinson, très active, qui nous suit dans notre projet et nous envoie des délégués aux étapes. »

Comment conciliez-vous cette aventure avec la maladie et quelles sont les contraintes durant ce voyage ?

« Une fois par semaine Philippe suit des séances de kiné pour activer les muscles.»

Quelle préparation avez-vous fait pour ce tour de France ?

« Nous avons fait restaurer la voiture marquée par le temps, avec un chassis refait et une capote neuve. Nous avons enlevé la banquette arrière pour gagner de la place et loger notre chienne Ruby. Un menuisier nous a aménagé un plancher bois à l’arrière avec des casiers de rangement.

Et puis il y a eu un gros travail administratif pour contacter les mairies de villes étapes, obtenir des autorisations de stationner par arrêté municipal. Cela tombait parfois mal à cause des élections municipales, nous avons eu des refus nous obligeant à contacter des villes voisines. Au total, pour 52 étapes nous avons contacté 70 villes.»

Quelles difficultés avez-vous rencontrées jusqu’à présent ?

« Quelques difficultés mécaniques ! Nous avons du faire changer le démarreur, l’alternateur, la bobine et surtout nous avons du changer le moteur à Saint-Vincent de-Tyrosse chez un préparateur de 2CV pour le Tour de France cycliste. »

Quel accueil avez-vous reçu ?

« Nous avons été aidés partout gratuitement et sans perdre de temps, qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés. Nous n’avons jamais pris de retard !  Nous avons reçu un accueil chaleureux partout, aussi bien par les mairies, France Parkinson ou les clubs locaux de 2CV. Nous sommes très souvent logés chez l’habitant. »

À combien se monte votre cagnotte pour la recherche ?

« Nous avons 2 cagnottes, une chez CotizUp pour nos déplacements et hébergements et une chez Leetchi pour la recherche sur les traitements de la maladie de Parkinson qui se monte à ce jour à plus de 10 000 euros. »

Qu’allez-vous faire après le 7 juin ?

« Reprendre une vie normale, j’ai rendez-vous chez le coiffeur ! Un projet de livre, oui, peut-être, et puis nous avons des contacts avec des journalistes et producteurs d’émissions de télévision qui voudraient faire des sujets. Nous allons aussi participer à des événements 2CV ou d’autres véhicules anciens où nous sommes invités et où nous raconterons notre voyage et présenterons notre démarche.»

Le déjeuner chez Léo Léa

Avec Philippe à droite
Avec Martine à droite
Avec l’Automobile Club de Menton

Le témoignage touchant de Charlotte Siguier Cluet de la Mairie de Cannes

Je représentais Mr le Maire David Lisnard ce soir sur les allées, la 2CV de Martine et Philippe et leur chienne Ruby de Parkinson’g fait étape à Ville de Cannes pour son Tour de France contre la maladie de Parkinson en faveur de la recherche. PARK IN SON’G

Il y a quelque chose de profondément touchant dans ce périple en 2CV — ces petites voitures qui ont traversé des générations, qui font sourire, qui rappellent des souvenirs — réunis aujourd’hui pour une cause qui, elle, ne fait pas sourire : la maladie de Parkinson.

300 000 personnes en France vivent avec cette maladie. 300 000 hommes et femmes qui, chaque jour, se battent contre leurs propres tremblements, contre une fatigue invisible, contre une maladie qui avance.

Ce Tour, c’est bien plus qu’une aventure mécanique ou sportive. C’est une chaîne humaine qui se forme, ville après ville, étape après étape. C’est la preuve que la solidarité peut prendre mille formes — y compris celle d’une carrosserie bombée et d’un moteur ronronnant.

Les 2CV du Club de Menton

L’Automobile Club de Menton avait amené quelques voitures dont cette extraordinaire 2CV 4X4 Katar qui a couru le rallye Paris-Pékin 2019, une autre forme d’exploit avec 15 000 km en couple pendant un mois et demi, en passant par Prague, Cracovie, Vilnius, Moscou, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Irkoutsk et Oulan Bator.

2 exploits différents avec le même petit bicylindre :

Le SIFFT Katar de Françoise et Thierry

Thierry nous décrit cette auto : « sortie en 1990, une des dernières produites. 4 roues motrices, 15 cm de plus de débattement des suspensions. On a fait Paris-Pékin avec, on a traversé le désert de Gobi sans s’embourber dans le talc alors que les gros 4X4 Range étaient tous scotchés. On a eu de l’eau jusqu’au milieu de la bande blanche dans les gués, La carrosserie est toute en fibre sur une plateforme de 2CV rallongée de 40 cm. On roulait souvent derrière mais on finissait toujours par revoir tout le monde ! »

2CV 4x4 Katar

2CV 4x4 Katar

Cette voiture tout-terrain 4X4 a été créée en 1985 par la Société Industrielle Française du Tout-Terrain sur la base d’un chassis de 2CV et d’un moteur 652 cc de 35 chevaux de Citroën Visa avec une boite 4. Une coque semi-porteuse en polyester renforcé fibre de verre intègre une structure tubulaire et habille la voiture avec un joli capot type Jaguar E. Un poids à vide de 655 kg seulement et un PTC de 955 kg sont pour beaucoup dans ses capacités de franchissement malgré sa faible puissance. Paris-Pékin avec 35 chevaux mangés en partie par les transmissions, fallait quand même oser le faire ! 3,84 m de long, 1,51 m de  large. Pneus Vredestein 155 SR15.

2CV 4x4 Katar

La transmission 4X4 est un brevet Voisin (le pionnier aéronautique et constructeur automobile ?). On rajoute une boite de crabotage derrière la boite de vitesses d’origine et une boite de vitesse inversée fait office de pont arrière :

Transmission Voisin

Au tableau de bord, en plus du levier de vitesse d’origine, on trouve sur la console centrale 2 leviers supplémentaires, un pour craboter les roues AV et AR et un de réduction pour tirer plus court.

2CV 4x4 Katar

Le tableau de bord du Katar : les compteurs proviennent de la Citroën DS et le compteur de vitesse est gradué jusqu’à 200 !

À l’arrière, la voiture est équipée d’un gros coffre pouvant être cadenassé et porter un jerrycan de chaque côté.

2CV 4x4 Katar

Un intérieur confortable pour affronter les pistes :

2CV 4x4 Katar

 

Paris-Pékin 2019

245 véhicules ont été produits avant que la société ferme en 1992.

Les autres 2CV du club présentes

Une 2CV-6 Special de 1988 :

2CV-6 Special

Deux Charleston dont une de 1986, 42300 km. Il y en avait une par concessionnaire en France et celle-ci (la noire) vient de Corse, achetée neuve. C’est une 2CV-6 à la base.

2CV Charleston

La 2CV-6 de 1989 du Président du club :

Une Mehari de 1982, 67000 km, bien adaptée à la Côte d’Azur :

Citroën Mehari


2CV les séries spéciales

Outre la Charleston de 1980 dont on a déjà parlé, Citroën a fait plusieurs séries spéciales de la 2CV en diverses occasions : la Spot en 1976 pour le 5 millionième exemplaire, la France 3 en 1983 pour la Coupe de l’America, la Dolly en 1985, la Basket (2 exemplaires), la Cocorico en 1986 pour la coupe du monde de football. En Espagne il y eut la Marcatelo pour le Mondial 1982, en Suisse et Allemagne la Ente Grün de 1985, en Angleterre la Bamboo de 1987, en Belgique la Perrier de 1988.

Photo Wikipedia

Friand de références cinématographiques, j’ai retenu la 007 de 1981 avec ses impacts de balles, en souvenir du film de James Bond de 1981 ”Rien que pour vos yeux”, avec Roger Moore et Carole Bouquet, et cette fameuse poursuite :

3 voitures avaient été préparées pour le tournage, avec un chassis d’Ami Super et un moteur de GS pour lui donner le punch nécessaire aux cascades. Le modèle commercialisé à 500 exemplaires était lui basé sur une 2CV 6 Special.

Il y a eu aussi la très rare 2CV Sahara de 1958 à 4 roues motrices avec 2 moteurs, un devant et un derrière, qui atteint aujourd’hui des cotes faramineuses.

Quel prix pour une 2CV aujourd’hui ?

Petites balades en 2CV : j’ai pu monter avec Martine qui manie sa 2CV à la perfection dans les ruelles pentues de Villefranche-sur-Mer et  Saint-Jean-Cap-Ferrat. Elle adore conduire et m’a confié qu’elle aurait aimé faire de la course automobile. Et puis retour à Villefranche le long de la rade avec Benoit toujours prêt à rendre service. Écoutez les ronflements sympathiques du bicylindre :


Comme la Fiat 500 en Italie (environ 4 millions d’exemplaires), la Coccinelle en Allemagne (plus de 21,5 millions) ou la Trabant en Allemagne de l’Est (3,1 millions), la 2CV est devenue un mythe appelé à durer encore longtemps.

Nota : la Ford T plus ancienne avait été produite à 15 millions d’exemplaires entre 1908 et 1927, mais contrairement aux précitées, plus grand monde ne roule aujourd’hui en Ford T au quotidien ! Mais si vous allez au vaste musée Ford de Deaborn, près de Detroit, tous les déplacements extérieurs se font en Ford T !

Attention, même en 2CV vous pouvez être pris en excès de vitesse !
Photo Benjamin Sibuet sur Instagram

La 2CV continue et nous avons découvert ce modèle électrique fabriqué en Italie à Monza, lors de l’extraordinaire salon automobile Top Marques, qui réunit à Monaco les voitures les plus extraordinaires …

Aznom à Top Marques 2026, Monaco