En avril ne te découvre pas d’un fil mais retrouve le fil de l’histoire à Monaco avec le Grand Prix Historique qui revient tous les 2 ans.
Le mercredi précédant la course, les équipes professionnelles sont déjà là, principalement celles qui font rouler des Formule 1. Les équipes amateurs arriveront plus tard. La majorité des pilotes dans toutes les séries sont des amateurs fortunés qui se déplacent à travers le monde pour des courses historiques qui connaissent un grand succès. Le niveau de pilotage est donc très hétéroclite, entre de purs amateurs pas très doués, ceux qui veulent préserver des voitures inestimables et ne prennent aucun risque entre les rails de Monaco, ceux qui ont appris à les piloter, et quelques anciens pilotes professionnels.
Cette année il y a 8 séries :
- Série A1 Louis Chiron : voitures de Grand Prix d’avant-guerre et voiturettes, en 2 classes, plus et moins de 1500 cc. La série est dominée par les ERA anglaises et leurs gros pneus, que je soupçonne depuis longtemps d’être reconditionnées avec des pièces modernes. Les nombreuses et frêles Bugatti n’y peuvent rien, ni les Amilcar, MG, Frazer-Nash et autres Aston Martin.
- Série A2 Juan Manuel Fangio : voitures de Grand Prix à moteur avant, avant 1961, avec 4 classes suivant cylindrées et années : Ferrari, Cooper-Bristol, BRM, Lancia, Gordini, Lotus, Scarab et plusieurs célèbres et prestigieuses Maserati 250F.
- Série B Graham Hill : voitures de Grand Prix à moteur arrière, 1500, F1 de 1961 à 1965 et F2 de 1956 à 1960, avec 3 classes selon année et nombre de cylindres de 4 à 12. C’est le royaume des « cigar shapes », les voitures-cigares sans appendice aérodynamique : que des grands noms avec Ferrari, Lotus, BRM, Brabham, Cooper, Lola avec notre Mister John of B. pilote amateur national, Stuart Hall et pléthore d’amateurs.
- Série C Vittorio Marzotto : voitures de Sport à moteur avant de 1952 à 1957, avec 3 classes selon plus ou moins de 2 litres et freins à tambours ou à disques. C’est le royaume des voitures de sport découvertes à 2 places. Connaught, Cooper-Bristol, Frazer-Nash, Lister, Lotus, Jaguar, Aston-Martin, Cooper-Jaguar et de nombreuses Maserati et Ferrari composent ce plateau très sympathique qui évoque aussi les grandes heures de la Targa Florio et des Mille Miglia. Pas de nom connu là-dedans.
- Série D Jackie Stewart : voitures de Grand Prix F1 – 3L de 1966 à 1972, avec 3 classes selon année et moteur V8 Cosworth ou autre. Ferrari, Lotus, March, Brabham, McLaren, BRM, Matra, Surtees et l’unique Eifelland avec son rétroviseur central périscopique composent le plateau. On y trouve Michael Lyons, un ancien vainqueur de F1 historiques et notre John of B. national sur Matra qui fera retentir son V12. Jean Alesi est sur Ferrari 312 et ne fera pas gravier, y en a pas à Monaco !
- Série E Niki Lauda : voitures de Grand Prix F1 – 3L de 1973 à 1976, avec 2 classes, V8 Ford Cosworth DFV ou autre moteur. Ferrari, McLaren, Tyrrell, Lotus, March, Shadow, Surtees, Williams, Hill, Trojan, Penske, Lola, Ensign, composent le plateau. C’est le royaume des anciennes F1 de fond de grille, rachetées à bas prix à une époque, mais qui peuvent aujourd’hui gagner si bien pilotées et avec un bon V8 Cosworth. Les Embassy Hill par exemple ont été acquises après la disparition quasi complète de l’écurie avec Graham Hill dans un accident d’avion. On y trouve Jean-Denis Delétraz, ancien pilote pro, Loïc Depailler, le fils de l’ancien pilote de F1 Patrick Depailler sur une Tyrrell, Michael Lyons, un ancien vainqueur, et une cohorte d’amateurs.
- Série F Gilles Villeneuve : voitures de Grand Prix F1 – 3L de 1977 à 1980, avec 3 classes, sans effet de sol , effet de sol (jupes) avec moteur Ford Cosworth DFV ou autre moteur. Ferrari, McLaren, Tyrrell, Williams, March, Fittipaldi, Lotus, Ligier, Ensign, Hesketh, composent le plateau. On y retrouve John of B, Michael Lyons et de nombreux amateurs fortunés.
- Série G Ayrton Senna : voitures de Grand Prix F1 de 1981 à 1985, avec 2 classes, atmosphérique ou turbo. Ce sont les plus rapides, Williams, Tyrrell, Lotus, Toleman, March, Arrows, Minardi, Osella, Lola. On y retrouve le gros marchand anglais Joe Macari, l’ancien vainqueur des 24H du Mans Marco Werner et des amateurs fortunés. Pas de Renault hélas, ce sont quand même eux qui avaient introduit le turbo en F1 !

Le mercredi donc, on pouvait parcourir le paddock sans contrainte, s’approcher des Formule 1 qui ont gardé leurs couleurs de l’époque avec les noms de leurs pilotes d’alors : Gilles Villeneuve, Niki Lauda, Graham Hill, Jacky Ickx, Jody Scheckter, Ronnie Peterson, Denny Hulme, James Hunt, Emerson Fittipaldi, Chris Amon, Rolf Stommelen, Mike Hailwood, Riccardo Patrese, Hans Stuck, John Surtees, Didier Pironi, Jacques Laffite, John Watson, j’en oublie… On pouvait faire le tour des voitures, voir les chassis déshabillés, les mécanos s’affairer, entendre les premiers rugissements de moteur.
Petit tour du paddock Formule 1 :
Magnifique duo de Ferrari 750 Monza rutilantes de 1955 : voiture dessinée par Scaglietti, produite de 1953 à 1957, propulsée par des 4 cylindres en ligne double ACT issus de la Formule 1 championne du monde en 1952 et 1953, avec 2 carburateurs Weber. En 1955, elles avaient des 3,4 litres de 280 chevaux. Palmarès étoffé. Les Ferrari Monza SP1 et SP2 de 2019 leur rendent hommage.
Une des plus belles voitures de sport avec la Monza, c’est la Maserati 200SI de 1957, propulsée par un 4 cylindres 2 litres. 190 chevaux à 7200 t/mn, 2 carbus Weber, 730 kg avec un réservoir de 100 litres, 222 km/h, freins à tambours, construite à environ 20 exemplaires, principalement pour des pilotes amateurs :
Diaporama (80 photos) :
Cette Bugatti privée était toute seule. J’aurais pu la démarrer et aller faire un tour mais ça ne se fait pas à Monaco :

Entre les caisses et les piles de pneus, je découvre cette Ferrari V12 1500. Elle avait gagné sa série je crois il y a 2 ans.


La finesse de cette Frazer-Nash montée sur ressorts à lames. Vous prendriez 200 km/h là-dessus ?

L’inénarrable Eifelland de 1972, sponsorisée par une marque de caravanes, avec son rétroviseur périscopique cyclopéen. Elle s’était crashée au bureau de tabac il y a 2 ans :

C’était une voiture de fond de grille qui a couru 8 Grand Prix sans marquer le moindre point avec Rolf Stommelen, un pilote qui a eu plus de succès en endurance. Pour l’anecdote, Rolf Stommelen fut le premier pilote à rouler avec des freins carbone en 1976 sur le « mulet » Brabham BT45 repêché des qualifs au Grand Prix d’Allemagne, avec des secteurs carbone Dunlop issus des freins du Concorde et montés sur une âme métallique. Il avait termine 6ème. J’ai écrit l’histoire des freins carbone en Formule 1 pour mon ancien employeur qui continue de fournir les écuries actuelles de F1 sous la marque Carbone Industrie.
À suivre samedi …
