Moss Monaco

 

À quelques semaines du Grand Prix Historique, c’est l’expérience que m’a fait vivre François-Tom, en m’embarquant dans les rues de Monaco dans un de ses bolides vintage, équipé du minimum code de la route !

François

J’ai rencontré François au premier rassemblement des voitures de Beaulieu où sa gentillesse a fait l’unanimité auprès des participants, heureux de présenter une de ses voitures ou d’emmener un enfant faire un tour.

Moss Monaco

Il m’a donné rendez-vous à Monaco devant le Yacht-Club où il connait tout le monde, et nous voilà partis sur le circuit de Formule 1 en cours de finition : demi-tour au Portier, tunnel, chicane du port, virage du bureau de tabac, esses de la piscine, Rascasse, puis nous bifurquons vers la jetée du port où se prennent souvent les photos des belles autos à Monaco.

Moss Monaco
Devant les yachts du Port Hercule

Moss Monaco

La voiture est biplace mais on s’y installe comme dans une monoplace. Pas de portes, on enjambe les flancs, debout les deux pieds sur le siège, puis on se laisse couler à l’intérieur, très étroit. Le volant est amovible pour le pilote, ici à droite, mais la voiture est tellement étroite que c’est comme s’il pilotait une monoplace. La comparaison ne s’arrête pas là puisque comme en monoplace, on voit ses roues tourner, devant ou dans les rétros, et que casque et lunettes sont nécessaires si on prend de la vitesse. Mais même à 50 dans les rues de Monaco, les sensations sont déjà là, tant la voiture est vive, vire à plat et accroche la route.

Moss Monaco

Moss Monaco

Il n’y a aucune assistance, on est en prise directe avec la piste ! Le 4 cylindres placé à l’avant pétarade joyeusement et demande de prendre des tours pour ne pas caler. On voit même les commandes des deux carburateurs bouger à l’air libre !

Mais au fait, François c’est quoi cette voiture ?

« C‘est une Moss Monaco de Stirling Moss, et il y en a différentes sortes car la société a été vendue trois fois. Il y a la Moss Monaco construite d’usine comme celle-ci et il n’y en a eu que 14 exemplaires finis et quelques autres jamais terminés. Celle-ci a été montée d’usine et équipée d’un moteur Ford Crossflow préparé et signé par Wilcox, le préparateur Lotus. C’est l’une des deux que Stirling Moss voulait garder pour lui. »

Moss Monaco

Moss Monaco

Moss Monaco

« En effet, c’est Stirling Moss, le célèbre pilote anglais de F1, qui l’a imaginée dans les années 60 pour concurrencer les Maserati et Lotus de l’époque. Celle-ci date de 1969. Suite à son grave accident de course à Goodwood en 1962, le projet s’est éteint et a été repris par des anglais qui ont voulu en faire une voiture plus souple avec un 6 cylindres et aussi des kit cars basées sur des chassis de Triumph Spitfire. »

Moss Monaco

« Sur celle-ci c’est un chassis tubulaire d’anglaise inconnue mais on y retrouve les triangles superposés à l’avant et le ressort à lames transversal à l’arrière comme sur les Spitfire. »

Moss Monaco

Les freins et roues c’est quoi ?

« Elle a été adaptée pour la route et ils ont mis des freins à disque à l’avant, tambours à l’arrière. Les pneus sont une réédition d’époque avec des Dunlop Sport Classic en 205×60 sur jantes en tôle de 13 pouces. La voiture est donnée pour 187 chevaux pour un poids de 500 kg. »

Le réservoir est dans la coque arrière. La boite est une 4 vitesses, 1ère non synchronisée (double débrayage, ça aide).

Moss Monaco

Avec ses copains, François fait souvent le col du Turini et les Porchistes ne le suivent pas. Normal, les Porsche ont tellement grossi qu’elles s’inscrivent mal maintenant dans les virolos !

Comment as-tu trouvé cette voiture ?

«Sur un coup de chance, j’ai vu une photo de cette voiture par un ami, prise dans une grange dans les montagnes au large de Bilbao. Elle appartenait à un certain Chris Dunn, décédé et à qui je rends hommage sur la carrosserie et qui l’a eue de Stirling Moss. Il l’avait confiée à un ami mécano pour l’entretien. J’ai posté des messages partout pour savoir d’où venait cette photo et plusieurs mois après j’ai eu le téléphone du mécano. J’ai passé trois jours avec lui près de Bilbao avant qu’il ne me montre la voiture mais on a tellement sympathisé qu’à la fin il m’a dit elle est à toi. »

Pourquoi as-tu  craqué sur cette voiture ?

« J’aime bien le look des années 50-60. Le père de ma femme a couru en F2 et son oncle Tony Hegbourne a couru en F2 et en F1, contemporain de Jim Clark, Denny Hulme, Jack Brabham dans les années 60. J’ai donc baigné dans les autos de ces années là. »

Le tableau de bord

C’est d’abord le volant Moto-Lita en bois qui retient l’attention avec son marquage roues droites sur une auto propice au survirage et un moyeu au logo du Club des Anciens Pilotes Automobiles.

Volant Moto Lita sur Moss Monaco

Moss Monaco

On trouve d’abord à gauche une montre de voiture dont le remontoir est à 6 heures et qui se remonte d’un revers de main en conduisant.  Puis un même cadran regroupe les températures d’huile et d’eau. Puis on a la jauge à essence et le voltmètre. Le compteur de vitesse est en mph, gradué jusqu’à 120 (190 km/h), le compte tours peut monter à 7000, zone rouge à 6500. Des boutons d’avertisseur, lumières et starter complètent le tableau de bord et François a rajouté un interrupteur de ventilateur supplémentaire quand la température monte un peu trop.

Moss Monaco

 

Moss Monaco

La voiture porte divers marquages et drapeaux sur sa carrosserie en souvenir d’événements auxquels elle a participé. Côté droit, une sacoche renferme une bougie, une burette d’huile et un collier de serrage, toujours utiles. Entre les sièges on trouve un extincteur, le casque souple et les lunettes en cuir.

Moss Monaco

Moss Monaco

Moss Monaco

Un peu d’histoire

C’est donc Stirling Moss qui a imaginé cette voiture pour concurrencer les Lotus Seven de Colin Chapman. Monaco vient du fait que Moss a remporté le Grand Prix de Monaco 1956 sur Maserati 250F et la Moss Monaco en est une évocation avec son moteur avant. L’histoire exacte est compliquée et difficile à retracer mais sachez qu’on en a refabriqué au compte-goutte dans les années 80-90, sous forme de kit cars anglais de John Cowperthwaite, à Sheffield, sous le nom de Moss Motor Compagny, avec des carrosseries en fibre sur des moteurs Ford ou Triumph, 4 cylindres 1300 et 1500, et 6 cylindres 2 litres.

Quand à Stirling Moss, il fut un talentueux pilote anglais qui a couru en F1 de 1951 à 1962. Champion sans couronne, il a remporté 16 Grand Prix et a été 4 fois vice-champion, souvent dans l’ombre de Fangio. Le Poulidor de la Formule 1 ! Il a mis un terme à sa carrière à l’issue d’un grave accident à Goodwood en 1962 et est décédé en 2020 à 90 ans.

Stirling Moss en 1956 et en 2014, photos wikipedia

LeCuirMc

Le Cuir« Je suis un fou du cuir et un fou des voitures » me dit François en se présentant. Il restaure tous les vieux cuirs, il peut les patiner ou les vieillir en sens inverse. Souvenez-vous de Nadia, patineuse de cuir à Paris, que nous vous avions présentée dans ce blog.

Quels cuirs ?

« Tous types de cuirs mais particulièrement les sacs anciens et vintage de Madame. Je répare, reconditionne, je recolore, je change de couleur, tout est possible. »

Tu peux travailler sur les cuirs de voitures aussi ?

« Bien sûr, les entrées de sièges sont souvent rapées. Je recrée les couleurs, je repatine et ça ne se voit plus du tout. »

Y a-t-il des gens qui t’ont demandé de changer de couleur l’intérieur de leur voiture pour une raison ou pour une autre ?

« Ça m’est arrivé, par exemple du rouge au noir pour qui préfère plus sobre. »

En savoir +


Retour au Yacht-Club pour prendre un verre et en revenant du port, nous voici sur la ligne droite de départ, puis à Sainte Dévote, et après la montée avenue d’Ostende c’est le passage Place du Casino devant les spotters et les touristes médusés, puis la descente vers l’épingle du Fairmont et le Portier, autres lieux prisés de car spotting à Monaco, et de nouveau le tunnel ….

Merci François pour ton accueil, ta chaleur et cette expérience unique !

On reverra sûrement François car il a aussi une autre Moss en 6 cylindres beaucoup plus coupleuse et qui hurle dans les hauts régimes, et une Porsche 356 4 places de 1961…