Dad et Will vous présentent aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler l’archétype de la voiture de sport sans concession : un cabriolet à la ligne basse qui tient d’un seul coup de crayon, sans aucune assistance, avec lequel vous lisez la route avec vos mains, vos pieds, votre cul et vos reins : une Austin-Healey 100-6 de 1958 que nous présente Laurent, un berlugan (habitant de Beaulieu-sur-Mer) plus jeune que sa voiture et qui s’en sert au quotidien. Un vrai daily !



Laurent nous décrit sa voiture :
« C’est un premier développement du modèle 100-4 à 4 cylindres, avec ici un 6 cylindres en ligne de 2,8 litres. La voiture date de 1958 et c’est l’année d’après qu’elle est passée en 3 litres. Je l’ai rachetée il y a une quinzaine d’années à son premier propriétaire qui l’avait achetée neuve au Texas et l’avait déjà partiellement restaurée en 2000. Elle est venue par bateau et je l’ai réceptionnée en très bel état car elle avait eu 2 peintures en 70 ans, j’ai juste changé quelques pièces mécaniques. J’ai remplacé les jantes à rayons d’origine par des jantes Minilite en magnésium.
J’ai monté des pneus un tout petit peu plus larges avec des 165 HR15. » Note : les pneus sont des Vredestein de fabrication hollandaise.
« J’ai opté aussi pour un échappement latéral plus sonore pour remplacer le pot arrière qui touchait trop le sol au moindre dos d’âne, la voiture ayant très peu de garde au sol.
C’est une belle voiture au moteur très souple avec beaucoup de couple, 130 chevaux pour 1050 kg. J’ai aussi une 100-4 beaucoup plus légère avec un 4 cylindres 2,6 litres de 100 chevaux lui aussi très coupleux et un poids sous les 1000 kg.
Celle-ci est une 4 places mais les sièges arrière ne permettent d’embarquer que des enfants.
La voiture est peu kilométrée avec environ 70000 km d’origine. C’est une voiture très fiable avec un gros moteur qui ne tourne pas vite.
Elle est équipée d’une boite 4 vitesses avec overdrive sur la 3ème et sur la 4ème. C’est une commande électro-magnétique via un interrupteur au tableau de bord Tu débrayes et tu bascules l’interrupteur qui te donne une surmultiplication sur le rapport engagé. Au rétrogradage tu fais un kick-down, c’est à dire que tu bascules l’interrupteur vers le haut et tu donnes un coup de gaz sans débrayer. C’est très pratique pour doubler, tu reprends 500 t/mn. »
L’instrumentation
L’instrumentation Smith se compose de 4 compteurs cerclés de chrome et logés dans un joli ovale chromé : à gauche on trouve un double cadran température d’eau et d’huile, puis le compteur de vitesse en miles avec totalisateur de miles total et partiel, gradué jusqu’à 120 miles/h (193 km/h), le compte-tours gradué jusqu’à 6000, la zone rouge démarrant vers 4900 tours et enfin la jauge à essence.

En haut à gauche on a le bouton de démarreur, en bas la commande d’essuie-glace. Au milieu on a le témoin de clignotants dont la commande est sur le moyeu du volant. En haut à droite on a le bouton de commande de l’éclairage veilleuse/code. Le plein phare est une commande au pied. En bas à droite c’est le basculeur d’overdrive.
L’avertisseur est sur le moyeu du volant qui est réglable en profondeur. Les commandes de ventilation et de chauffage sont au centre de la planche de bord.
Le frein à main est à droite du tunnel de transmission.

L’overdrive sur une voiture ancienne
Ce dispositif est très courant sur les voitures anglaises. Il permet, par des engrenages supplémentaires, d’allonger le rapport engagé en réduisant le régime moteur pour consommer moins ou d’aller plus vite à régime égal.
Carrosserie
La carrosserie est en aluminium pour les parties centrales et en acier pour les ailes et les ouvrants. Contrairement au modèle d’avant, la 100-4, le pare-brise ne s’incline pas. La voiture peut être équipée d’un hard top. La capote et son arceau se logent sous un cache à soulever derrière les sièges arrière. Sur ce modèles les vitres latérales en plexi sont amovibles. L’étanchéité de tout ça est relative 🙂


Sur les photos on voit un couvre-tonneau, une toile qui peut recouvrir l’habitacle à l’arrêt sans recapoter en cas de pluie, ou bien qui permet de recouvrir la place passager si vous êtes seul à bord.


Sellerie en skaï, larges vide-poches dans les portières

Le coffre n’est pas très spacieux, encombré par la roue de secours mais on peut mettre beaucoup de bagages sur les sièges arrière. La batterie est logée dans l’aile arrière droite et il y a un coupe-circuit d’origine.

Le 6 cylindres en ligne est alimenté par 2 carburateurs SU qu’on retrouve très souvent sur les voitures anglaises.

Allumage par bobine montée sur la dynamo et qui craint la chaleur.

Les jantes Minilite
C’est un incontournable du design automobile classique qu’on retrouve sur des autos aussi variées que Mini Cooper, Mazda MX5, Plymouth Barracuda, Nissan Fairlady …

Les jantes sont à fixation par écrou central à ailettes qui se serre ou desserre au maillet en bois fourni avec la voiture.

L’histoire de ces jantes remonte à 1919 avec l’ingénieur Harry Miller qui avait déposé un brevet de jantes alu. Ettore Bugatti s’est inspiré de ce brevet pour couler dans sa propre fonderie de Molsheim les roues de Bugatti 35 et 54 entre autres. Les Cooper père et fils (John) se sont à leur tour inspirés des roues de Bugatti pour équiper leurs productions et en ont fait évoluer le design vers le ″banana spoke″ à 8 branches en alliage de magnésium. Ce sont Derek Power et John Ford qui créent la marque de roues en magnésium Minilite à partir de 1962, directement inspirées des jantes de Cooper.

Laurent a déposé les pare-chocs et monté des phares longue portée Lucas d’époque. Il assure lui-même l’entretien de cette très belle automobile de collection, plus vieille que lui, et dont il se sert au quotidien sous le soleil de la Riviera.


Principales caractéristiques
La 100-6 a été produite à 14436 exemplaires entre 1956 et 1959, après la 100-4 et avant la 3 litres. C’était l’époque des Big Healeys. On la désigne aussi sous l’appellations BN4 en 2+2. L’appellation BN6 correspond à une stricte 2 places (allez comprendre la logique anglaise …). Le bloc moteur provient de la grosse berline Austin Westminster, poussé à 120 chevaux avec une nouvelle culasse et un nouveau collecteur d’admission. Sa propulsion arrière, une direction ferme non assistée avec un grand volant, son caractère spartiate et ses freins à tambours en font une véritable voiture de pilote.
- 6 cylindres 12 soupapes 2639 cc 120 chevaux, alimenté par 2 carburateurs SU
- Réservoir 54 litres
- Vmax entre 170 et 180 km/h
- Dimensions : longueur 4 m X largeur 1,54 m X hauteur 1,25 m
- Poids d’origine 1080 kg
- Freins à tambours
- Suspension AV triangulée avec amortisseurs téléscopiques, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
- Suspension AR à pont rigide, ressorts à lames, barre Panhard.

Un peu d’histoire

Austin-Healy est une marque anglaise créée en 1952 par un accord de coentreprise entre Leonard Lord, responsable de la division Austin Motor Company de British Motor Corporation (BMC), et Donald Healey, pilote automobile, concepteur et designer automobile. Elle a produit des voitures de sport jusqu’au terme de l’accord de 20 ans en 1972. La marque appartient maintenant au constructeur chinois Nanjing Automobile Corporation, qui a racheté le groupe MG Rover. La marque a produit 3 modèles, l’Austin-Healey 100, l’Austin-Healey 3000 de même carrosserie et la petite Sprite au sourire béat et aux yeux de grenouille.

La voiture s’est illustrée en compétition en version 3 litres, notamment au Championnat national américain SCCA de voitures de sport dans les années 50-60, en courses de côtes suisses avec Clay Regazzoni, et dans divers rallyes et circuits. Elle a couru aux 24H du Mans et aux 12H de Sebring. Elle a gagné le rallye Liège-Rome-Liège en 1960 avec la pilote Pas Moss-Carlsson, sœur de Stirling Moss.
Elle fait maintenant le bonheur des pilotes de courses VHC comme notre ancien premier ministre François Fillon qui court en championnat d’Europe GT.

François Fillon en 2023 au Mans Classic

Et en 2025 :

Austin-Healey au cinéma
Cette jolie auto a tourné dans de nombreux films. Je retiendrai Le Corniaud, où des méchants pas bien méchants s’en servent pour poursuivre Bourvil en Cadillac sur les routes italiennes et s’emparer du diamant, de l’or et de la drogue planqués dedans. Elle apparait dans plusieurs scènes, conduite par l’inoubliable Venantino Venantini.
Quelle montre avec une Austin-Healey ?
Traditionnellement dans ce blog, on demande au propriétaire ce qu’il porte ou aime comme garde temps. Laurent marque une préférence pour les montres Lip. En effet, Lip ″dessinait le temps″ lors de son âge d’or contemporain de l’Austin-Healey.
Les voitures de Beaulieu
Nous avons fait les photos de l’article près de la plage de la Petite Afrique à Beaulieu-sur-Mer, à l’occasion du premier rassemblement Les voitures de Beaulieu.
Nicola Premoli et son épouse, des italiens installés à Beaulieu-sur-Mer et qui ont ouvert un garage Porsche à Roquebrune à la sortie de Monaco, ont organisé ce rassemblement de voitures de sport et de prestige et de voitures anciennes. L’emplacement près du port de plaisance n’est pas disponible durant la saison qui va démarrer, car le parking sera occupé par les clients des nombreux restaurants permanents du port et des restaurants de plage éphémères. Le Président de l’Automobile Club de Nice dont le rassemblement mensuel a été chassé du port de Saint Laurent du Var s’était déplacé et l’Automobile Club de Menton était venu en nombre. Ils cherchent donc un autre emplacement. Pourquoi pas au Fort de la Révère au dessus d’Eze Village, qui dispose de vastes parkings et offre un cadre majestueux en balcon sur la Méditerrannée ?



