Épicerie d'Ampus

Une épicerie vintage sur 4 générations !

Ampus est un petit village perché à 600 mètres dans le haut Var, dite commune rurale à habitat dispersé, d’environ 900 habitants. Dans ses ruelles étroites, pentues et tortueuses, on trouve de nombreux vestiges des siècles passés puisque son histoire remonte à l’empire Romain.

Ampus

Ampus

Le village fut fortifié par les comtes de Provence et servit de refuge aux protestants qui menaçaient Draguignan pendant les guerres de Religion. De nombreux vestiges portent la trace des différentes époques de l’histoire de la commune (source wikipedia).

L’eau est précieuse ici et a influencé l’architecture et le plan du village pour la distribuer partout ainsi qu’aux lavoirs.

Ici, c’est un tournaou, une meule solidaire d’une roue à aubes qui servait à émoudre (affûter) des outils. Elle était publique et servait aussi bien au maréchal-ferrant qu’aux villageois.

tournaou

Deux portes du village, une de 1681, l’autre de 1704 :

Ampus

Au centre du village j’ai découvert cette toute petite épicerie, à côté de la fontaine et de la mairie.

Ampus

En passant la porte, j’ai eu l’impression de revenir dans les années 50. On pourrait tourner un film d’époque ici, tant rien n’a changé quasiment depuis le … 19ème siècle !

l'épicerie d'Ampus

épicerie d'Ampus

épicerie d'Ampus

Sylvie, 63 ans, tient cette boutique et c’est un commerce familial sur quatre générations puisqu’il a été ouvert par ses arrière grand-mêre et grand-père Henri Roubaud juste après la guerre en 1919. Mais on retrouve trace de la famille au 19ème siècle avec un marchand de bois, Honoré Roubaud, devenu épicier rue du Four en 1881.

Selon un historien de la commune qui fouille dans les archives de la Mairie et qui m’a fourni beaucoup de renseignements, Thierry V., il y avait 5 épiceries à Ampus en 1906 et bien d’autres commerces et artisans. Il n’en restait déjà plus que 3 en 1926 et celle qui nous intéresse est restée seule dans les années 60.

L’épicerie a été transmise à sa grand-mère, qui l’a transmise à sa mère en 1968 qui la lui a transmise en 2005. Sylvie ne se souvient pas de la date d’ouverture puisqu’elle n’était pas née !

L’épicerie est toujours restée indépendante car trop petite pour être un Proxi ou un Casino et puis Sylvie veut rester indépendante.

Comment vous vous approvisionnez ?

« Je me fais livrer par Promocash et Metro de Puget tous les mardi, les fruits et légumes le mercredi par un fournisseur de Fréjus, la charcuterie le jeudi de Peyrolles-en-Provence par Loste Tradi-France (fabricant depuis 1866). »

Vous êtes ouvert quand ?

« Tous les jours y compris dimanche matin, sauf le lundi. Dans le temps l’épicerie ouvrait 7 jours sur 7. Du temps de Maman, comme on habitait à côté et au-dessus, si quelqu’un toquait à la porte on ouvrait ! J’ai oublié 6 œufs, faites moi le plein d’essence … Et je ferme une semaine dans l’année. »

Ah vous faisiez l’essence, en quelle année ?

« Moi j’ai toujours vu l’essence ici et j’ai arrêté en 2005, avec l’interdiction du Super. C’est mon grand-père qui avait fait installer les pompes. Au début il y avait 2 pompes à main, une pour les voitures et une de mélange pour les mobylettes, puis il y a eu cette pompe de Super dont le prix est resté affiché au tarif de 2005 (1,30 € le litre). Il y a une cuve en dessous qui a été rebouchée au sable. »

NDLR : selon l’historien Thierry V. ce grand-père était un visionnaire car à l’époque où il a installé la première pompe, il n’y avait que 5 voitures automobiles à Ampus !

NDLR : l’essence « super » avec plomb a été interdite en France en 2000 et retirée de la vente en 2006 en raison de sa toxicité et de son incompatibilité avec les pots catalytiques.

Quelle est votre clientèle sur Ampus ?

« Beaucoup de villageois d’Ampus et un peu des villages environnants. Et les touristes en été, notamment ceux en camping-car. Je fais partie des meubles du village, car je suis le dernier commerce où c’est la même famille. Tous les autres ont changé de propriétaire. »

Alors qu’est ce que vous vendez d’original ?

« J’ai un rayon frais avec des fromages d’Ampus avec des chèvres fermier au lait cru de la Bastide de Sollies, »

fromages de chèvres fermier au lait cru de la Bastide de Sollies

« J’ai de la crème Derma Jouveau, fabriquée à Ampus, la crème miracle qui fait tout. On en a tous un tube dans notre pharmacie ici. »

crème Derma Jouveau

NDLR : c’est une crème ou pommade régénérante de la peau pour le visage, les mains, le corps, les pieds, les ongles et les cheveux. Elle a été créée au 19ème siècle et c’est une marque déposée depuis 1914. Elle est élaborée artisanalement depuis plusieurs générations à partir d’une recette traditionnelle à base de plantes et d’un secret transmis localement.

« J’ai du miel d’Ampus, par l’apiculteur Philippe Benvenuto, de l’huile d’olive quand il y en a, d’un producteur du village, des vins locaux … »

apiculteur Michel Benvenuto

On trouve ici des produits quasi éternels qui n’ont pas changé d’emballage depuis des décennies comme les biscuits Brun ou la crème de marron en boite, et bien sûr le journal local :

Vous avez des clients particuliers ou des histoires à raconter ?

« Il y a le marquage. Quand vous faites des courses vous ne payez pas, je marque. Je dois être une des dernières à faire ça. »

Sylvie, épicerie d'Ampus

Sylvie me sort un carnet où elle note tous les achats de ses clients réguliers qui payent au mois ou quand ils peuvent et elle raye au fur et à mesure.

« J’ai mes clients habituels. Je sais que quand lui va arriver ça va être la bouteille de whisky, l’autre ça va être le Capitaine Morgan (rhum), l’autre c’est un cubi, l’autre c’est Heineken, l’autre c’est de la Leffe … »

Vous avez beaucoup de clients liquides je vois 🙂

« Je fais des livraisons à domicile aussi mais quand il ne s’agit que de 5 pommes et 3 bananes je marque et je les confie aux agents municipaux qui livrent des repas à domicile. »

Vous dépannez les gens en argent liquide aussi je crois.

« Oui, s’ils sont au Crédit Agricole avec le TPE je peux leur remettre quelques euros. »

Sylvie me sort des photos …

1989 : il y avait encore la balance à aiguille que plus personne ne saurait lire aujourd’hui et qui donnait derrière le prix en fonction du poids. On aperçoit le crochet à jambons au plafond, toujours là aujourd’hui. Dans les rayons vous apercevez les petits Lu ou Brun :

épicerie d'Ampus

Mai 2005, fermeture de la pompe à essence avec le dernier plein, avec sa maman et le dernier client. La pompe est toujours là aujourd’hui, bloquée sur le prix de l’époque (1,30 € le litre) :

« Ici c’est Maman qui avait eu droit à sa carte postale qu’on avait fait éditer : »

Et après vous qui va reprendre ?

« Mon fils 30 ans ou ma fille 27 ans. Ils travaillent tous les deux mais trouveront une solution car ils me disent Maman tu vends pas !

Je suis proche de la retraite mais je vais continuer comme ma mère car la retraite ne me donnera pas des cent et des mille hein ? Et puis j’aime le contact quotidien avec les habitants du village. »

Sylvie n’habite plus sur place mais dans le temps la cuisine commune familiale était à coté et ses grand-parents étaient au premier l’étage. Il y avait des chambres au 2ème pour le reste de la famille. Sylvie est arrivée ici à l’âge de 5 ans et c’est tout l’environnement de son enfance qui l’entoure. À côté le bureau de poste servait de petite salle des fêtes occasionnelle.

Merci Sylvie de vous être confiée et je trouve ça émouvant de trouver encore des commerces ou des entreprises qui ont traversé les siècles et les guerres. Sylvie aurait sûrement bien plus à raconter mais il y faudrait un livre …

épicerie d'Ampus