
Patrick, (ce n’est pas moi), de l’Automobile Club de Menton, tenait jadis le garage du Fossan à Menton, un petit garage multi marques. Il en a gardé la passion de la mécanique et des belles autos. il y a une dizaine d’années, il découvre dans un parking sous la Poste de Menton cette Bertone Racer Berlinetta en bien mauvais état. Patrick nous dit : « Avant de trouver cette voiture, j’ai eu le plus petit garage de Menton, pas d’ouvrier, et je faisais travailler des stagiaires du Lycée professionnel Les Eucalyptus à Nice. »

Un peu d’histoire
Bertone est bien connu comme un grand carrossier et designer italien (on lui doit par exemple la Lamborghini Miura, la Fiat X1/9 et la Ferrari 308 Dino) mais il fut aussi concepteur et constructeur de quelques autos en petite série. En 1965, Bertone avait dessiné la Fiat 850 spider. Il commença par dessiner un hard-top pour cette spider, puis en 1968 il conçut la Bertone Racer Berlinetta et la Bertone Racer Team, toutes deux avec un toit en dur et qui ne se différenciaient que par leur finition. Elles venaient doubler la Fiat 850 Coupé conçue par le Centro Stile Fiat. Ces voitures étaient propulsées par un 4 cylindres Fiat de 843 ou 903 cc.

La Bertone 850 Racer est donc dérivée de la Fiat 850 Spider et est munie d’un toit dur rigide en acier boulonné à la carrosserie et recouvert de vinyle. Ce n’est pas un hard-top, il n’est pas facilement démontable et il n’y a pas de capote dessous. Elle diffère également par sa finition intérieure et extérieure. Elle ne fut jamais commercialisée par Fiat bien qu’en portant le logo, mais distribuée par GAM (General Automobile Monégasque) à Monaco. Bertone a produit 3 641 Racer et 763 Racer Team entre 1968 et 1971. La majorité a été exportée aux USA pour une clientèle féminine et ce modèle est extrêmement rare en France où il n’en reste que 15 exemplaires d’après Patrick.
La Bertone de Patrick
C’est une Bertone Racer Berlinetta de 1970, propulsée par un 4 cylindres en ligne Fiat de 903 cc, placé longitudinalement à l’arrière. Il est ici équipé d’un carburateur Weber double corps et d’une tubulure d’échappement 4 en 1 avec un pot Abarth. Le moteur sort 75 chevaux (52 d’origine) et propulse l’auto à plus de 150 km/h, une perf à l’époque, dans un joli bruit qui nous rappelle nos Gordini. La voiture ne pèse que 750 kg. C’est comme si vous aviez 150 ch dans une voiture de maintenant de 1500 kg.

« Je l’ai trouvée abandonnée dans un parking sous la Poste à Menton, nous dit Patrick, sans plaque car d’origine monégasque et à Monaco on doit rendre les plaques. Elle appartenait à un monsieur de La Turbie qui travaillait chez Fiat et qui avait récupéré cette voiture. Nous avons pu remonter son historique et elle a aussi été expertisée.
Patrick nous dit qu’elle aurait été achetée neuve au Palais de Monaco où elle aurait été accidentée par un membre du Palais et laissée en l’état.
« J’ai donc racheté cette voiture et j’ai fait restaurer la caisse par la Carrosserie Jourdan à Menton et le vinyle (très beau) par un sellier de Monaco. Pour ce faire je l’ai complètement désossée et remontée et j’ai refait toute la mécanique pendant 2 ans. La sellerie intérieure est d’origine sauf les tapis de sol refaits en Italie chez Fiat. Le plus dur à retrouver a été le ciel de toit qu’on a fini par trouver en Italie aussi. La peinture, refaite depuis à l’identique, est un gris métallisé qui aurait été fait spécialement et qu’on ne trouve pas sur les autres voitures de série. »


La voiture est équipé d’un joli volant à trous-trous du fabricant français disparu Moto-Lita, avec une instrumentation Veglia assez complète : température d’eau et niveau de benzina à gauche, pression d’huile au centre et les 2 gros compteurs classiques. Un charme indéniable s’en dégage, conjugué à une odeur de sellerie caractéristique. Patrick nous dit qu’il y avait un parfum féminin à bord quand il a trouvé la voiture et qu’il en sent encore parfois les effluves qui ressortent.


Toute la sellerie est en simili-cuir, y compris les panneaux de tableau de bord imitant un tissage. Il y a une boite à gants fermant à clé côté droit (en dessous) et ce délicieux auto-radio vintage Voxson avec son haut-parleur :

La voiture est signée Bertone sur les seuils de porte …

… et Racer dans les portières et sur le montant arrière de toit :



On retrouve la signature Bertone sur l’aile avant, avec ce rétroviseur « obus » très aérodynamique et caractéristique de l’époque …

… et la signature Berlinetta sur la face arrière :

Bien que fabriquée par Bertone et non distribuée par Fiat, la voiture est quand même siglée Fiat :

Les petites jantes alliage sont équipées en 155x65R13. Les freins sont à disque à l’avant et tambours à l’arrière.

Vue du moteur avec le remplissage d’essence à gauche, sous un capot qui ne ferme pas à clé. La batterie est située dans le coffre à l’avant. La boite est une 4 vitesses. Il y a des tôles qui peuvent venir fermer le compartiment moteur dessous mais il était courant à l’époque de laisser ouvert, voir les R8 et Simca 1000.


Patrick nous montre un programme du Grand Prix de Monaco 1968 (vainqueur Graham Hill) où la voiture est en publicité, ainsi que le garage GAM. La famille princière y figure en bonne place et pour l’anecdote, on y trouve aussi une publicité pour la Simca 1100 que possède dadandwill et une publicité Scalextric qui ravira les grands enfants que nous sommes restés et qui y avons tous joué petits 🙂
Alors, voiture de princesse ou pas ?
J’ai mené l’enquête auprès des archives de Monaco, des archives du Palais et du fond photographique de Nice et Monaco Matin. Aucune trace de cette auto au Palais jusqu’à nouvel ordre. Les témoins de l’époque sont aujourd’hui retraités ou pire, habillés en sapin. C’est dommage, j’aurais bien vu cette auto au Musée des voitures du Prince, sur le port Hercule. On aurait pu la retrouver à côté du cabriolet bleu Sunbeam Alpine Mk I 1954 conduit par Grace Kelly dans le film « La main au Collet » et que l’on croise parfois dans les rues de Monaco, car le musée fait régulièrement tourner la plupart de ses voitures. Ou alors à côté du cabriolet Renault Floride de 1959 que la Princesse utilisait, autre symbole d’élégance…


Images et vidéo de l’Automobile Club de Menton :
